Une soirée épouvantable - Martin Bolden
Martin Bolden

Bonjour à vous, je suis Marty. Je travaille dans le monde de la finance depuis une dizaine d'années. Je dois vous avouer que c'est un travail extrêmement stressant. Au bureau, on organise régulièrement des 5 à 7, mais on se lasse vite de toujours avoir les mêmes conversations. C'est pourquoi j'ai eu envie de venir vous raconter mes petites histoires ici. Mais n'ayez craintes, les problèmes resteront au bureau. Ici ça ne sera que les bons côtés de mes journées !

Une soirée épouvantable

Une soirée épouvantable - Martin Bolden

J’ai toujours été un grand fan de frissons, même à l’âge adulte. Et c’était une passion partagée par ma sœur. Mes parents avaient divorcé quand j’avais à peu près vingt-cinq ans. Depuis, je n’ai pas revu ma sœur qui avait décidé de vivre avec ma mère. À l’occasion de son quart de siècle, je décidais de l’appeler pour que l’on puisse renouer nos liens. Nous avons donc décidé, comme dans notre jeunesse, d’aller voir un film d’horreur dans la salle à trois pas de chez moi. Le soir venu, nous sommes sortis pour aller acheter nos tickets. Un sentiment de déjà-vu frôla mon être, et déposa un sourire sur mes lèvres. Nous avons couru presque pour rejoindre nos places. La salle cessa de se remplir quand la bande commença, et je tenais déjà mon cœur dans l’appréhension des moments palpitants. Ma sœur était plus peureuse par contre, malgré son âge.

Une plaisanterie qui a mal tourné

Je connaissais l’histoire par cœur, et elle me tapait l’épaule à chaque fois que j’ouvrais la bouche pour citer les acteurs. Un peu agacée, elle partit vers les toilettes pour se remettre de ses émotions. Dans mon espièglerie, et emporté par mes petits diables, je me mis à la suivre dans l’espoir de lui faire peur. J’attendis patiemment qu’elle passe par le couloir, caché dans un placard à balais. Dès que je vis son ombre, je surgis en poussant un cri rauque pour la surprendre. Je n’avais cependant pas remarqué l’escalier juste à sa droite. Décontenancée par l’effroi, elle fit un pas de côté, du haut de ses talons, et s’engagea dans l’embrasure de l’escalier menant à la porte arrière du cinéma. Quand elle perdit l’équilibre, mon sourire satisfait s’était transformé en une terreur morbide. Je ne vis que ses yeux quand elle commença sa descente, et je ne pardonnerai jamais à mes jambes de ne pas avoir réagi.

Une punition bien méritée

Ma sœur subit une grave commotion cérébrale, mais elle récupéra vite. Elle se réveilla pourtant, deux jours plus tard, en larmes, et c’était ma faute. Elle avait perdu l’usage de ses jambes en tombant sur le dos. Elle ne m’avait pas adressé un mot, et malgré mes excuses, je sus que je ne pourrais réparer mon erreur. Elle repartit chez ma mère quelque temps après, pour ne plus revenir. Cette dernière aussi m’en voulait, mais elle continuait, non sans froideur à me donner des nouvelles, et une fois, elle m’envoya une photo de ma sœur en fauteuil roulant, dans l’ombre de l auvent rétractable qui couvrait sa terrasse. Encore une fois, le remord me rongea. Et sans le vouloir, je dus faire face à ma plus grande peur à cause de mon imprudence : me retrouver seul sans ma famille.